Article de Mahaults des Bois – Photographies de S. Colombel
C’est en Haute-Normandie, niché dans une petite vallée non loin de Rouen que se cache un musée. Mais pas n’importe quel musée. La corderie Vallois est le premier musée industriel de France. D’autres suivront.

Mais avant d’aller plus loin, faisons un peu de géographie et d’histoire.
Pour ce qui est de la géographie, le musée est situé sur la commune de Notre Dame-de-Bondeville, à quelques kilomètres au Nord-Ouest de Rouen. La vallée ? C’est celle du Cailly et de son affluent, la Clerette. Une trentaine de kilomètres de sa source, située à Cailly, à sa confluence avec la Seine. La vallée du Cailly est jalonnée de nombreux moulins depuis le Moyen-Age. Le partage des droits d’eau est ancien et montre le dynamisme de ce petit cours d’eau.
Si les moulins ont d’abord servi à moudre le grain, puis à battre les chiffons pour la fabrication du papier durant le XVIIe siècle, certains changements économiques et certaines évolutions techniques vont amener à reconvertir les sites en usines à partir du XVIIIe siècle mais surtout au XIXe siècle.
C’est des Etats-Unis d’Amérique que viendra le changement. La production de coton arrive en France. En Normandie, elle atteint bientôt le port maritime de Rouen. La puissance de l’eau combinée à de solides roues à aubes et à ce coton américain alimenteront désormais des usines d’un nouveau genre, les usines textiles. Dès les années 1700, la production de toiles de coton appelées siamoises (mélange de coton, lin et/ou soie) et indiennes (toiles de coton imprimées) bat son plein.
On installe alors les fabriques dans les vallées rurales. Vers la fin du XVIIIe siècle, les machines mécaniques anglaises arrivent en France et la vallée du Cailly prend le nom de « petite vallée de Manchester ». La révolution industrielle est en marche.
Au milieu du XIXe siècle, sur les quinze derniers kilomètres du Cailly, on dénombre une usine tout les 150 mètres en moyenne.

En notre musée dans tout cela?
Au tout début, c’est l’histoire d’un simple moulin à papier, remplacé en 1825 par une filature de coton. Nous sommes dans cette période faste pour l’industrie textile et sa ruée sur l’eau pour alimenter les machines de tissages.
La famille Rondeaux, propriétaire des lieux embauche alors une cinquantaine de personnes.
Jules Vallois, d’abord simple locataire investit les lieux en 1880 et y installe une corderie. Il devient propriétaire de l’usine en 1897. Se succéderont, durant presque un siècle, des membres de la famille Vallois et des ingénieurs venus de divers horizons jusqu’à la fermeture de l’usine en 1978. La corderie fabrique durant ses 98 ans d’existence des cordes câblées indispensables dans l’industrie textile, surtout pour les usines de tissage. Elle fabrique également des mèches de bougies et des lacets. L’usine embauche alors une quarantaine d’ouvrières et se modernise finalement assez peu.
La fermeture ne signifie pas pour autant la fin de son histoire comme cela arrive trop souvent avec les usines.
En effet, en 1975, la Corderie Vallois est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Elle devient un « musée industriel », une première en France grâce à l’État, au département de la Seine-Maritime, à la région Haute-Normandie et à l’association du musée de l’homme et de l’industrie créée en 1980.
Après des travaux d’envergures, le musée ouvre enfin ses portes en 1994 pour présenter au public, sa roue hydraulique et une usine totalement fonctionnelle.
C’est d’ailleurs dans le bruit assourdissant des tresseuses et autres machines que l’on peut découvrir ce si riche patrimoine.

Le musée est un superbe exemple vivant des manufactures des XIXe et XXe siècles.
Le visiteur peut découvrir le fonctionnement des machines, les anecdotes sur les ouvrières, la pénibilité du travail dans le bruit, le langage par signe mis en place pour communiquer, les cadences imposées par les machines qui ne s’arrêtent jamais, mais aussi l’inventivité des ingénieurs améliorant jours après jours ces fabuleuses machines et le système hydraulique amenant l’énergie dans l’usine.
Aujourd’hui, le musée fait vivre ce très riche patrimoine industriel à travers son exposition permanente mais aussi au gré des expositions temporaires.
Depuis plus de trente ans, il rend hommage aux femmes et aux hommes qui ont fait la richesse de la vallée et se sont succédés dans ses murs.
Pour aller plus loin :
- Alain Alexandre et Jean-Yves Merle, De Malaunay à l’île Lacroix, Rouen, Agglomération de Rouen, coll. « Histoire(s) d’agglo », 2003, 26 p. (ISBN 2-913914-40-3)
- Alain Alexandre, Aspects de Notre Dame-se-Bondeville au début du XXe siècle, Notre Dame-de-Bondeville, auto-édition, 1984, 40 p. (ISBN 978-2867950001)
- Alain Alexandre et Michel Croguennec, Histoires d’usines. 180 ans d’histoire industrielle dans l’agglomération rouennaise, L’ Echo des vagues, 2013, 304 p. (ISBN 978-2918616184)
- Jérôme Chaïb et Philippe Ruc, Le Cailly, la Clerette, WOOZ éditions, 2021, 240 p. ( ISBN 979-1096714490)

Infos pratiques du musée :
Musée de la Corderie Vallois
185 route de Dieppe,
76 960 Notre-Dame-de- Bondeville
Tel: 02 35 74 35 35
site internet : https://corderievallois.fr/fr
E-mail : info@musees-rouen-normandie.fr
Pour des réservations : publics3@musees-rouen-normandie.fr
Horaires
Ouvert au public tous les jours de 13h30 à 18h.
Mise en fonctionnement des machines avec visites commentées à 14h, 15h, 16h et 17h. Fermé les 1er janvier, 1er mai, 1er et 11 novembre et 25 décembre.
Tarif
Accès gratuit dans les collections permanentes.