Le Petit Vaporiste

Feuilletage BD : Les Ailes du Singe

Les Ailes du Singe est une trilogie de bandes dessinées réalisée entièrement par feu Etienne Willem au dessin, à la couleur et au scénario. Composée de Wakanda, Hollywoodland et Chicago, nous avons ici affaire à une série plus dieselpunk que…


Les Ailes du Singe est une trilogie de bandes dessinées réalisée entièrement par feu Etienne Willem au dessin, à la couleur et au scénario.


On suit 3 héros mais principalement Harry Faulkner, un macaque et pilote de talent qui a été membre de l’escadrille Lafayette en 1916 (des pilotes volontaires américains aidant les Français pendant la Première guerre mondiale). Héros dans l’âme mais opportuniste, il ne cesse de prendre des risques et mange à tous les râteliers. Pour son parcours, il a, par la suite, fait partie d’un cirque aérien, puis travaillé comme cascadeur au cinéma notamment pour Howard Hughes. Personnage fantasque, millionnaire, producteur de films, homme d’affaires, d’ailleurs aussi présent tout au long de la trilogie, d’abord en tant que Némésis puis allié à contre-coeur de notre héros.

Accompagnant Harry, nous avons Lumpy, clairement inspiré de Porco Rosso, cochon mécanicien d’origine italienne très soupe au lait qui multiplie les jurons dans sa langue natale, meilleur ami d’Harry qu’il a pourtant bien du mal à supporter. Eternel sidekick, il est pourtant assez peu caractérisé au contraire de la troisième membre de notre trio.

« Love interest » d’Harry, Betty Lavergne est bien plus que ça et récupère la palme du meilleur personnage selon moi. Féline journaliste au Herald Tribune (ancien New York Times), débrouillarde, rusée, intelligente sans oublier d’être charmante et de séduire tous les personnages qu’elle rencontre. Bien plus qu’un atout charme, elle ne cesse de sauver Harry, les autres personnages ou le monde. Rien que ça.

Côté illustrations, je trouve qu’il y a un côté un peu old school, très coloré, ce qui donne une petite vibe « Blacksad » en plus lumineux, moins noir et plus pulp. Les combats d’avion (dogfights) sont particulièrement impressionnants et l’action est en général bien retranscrite.
Les personnages sont extrêmement expressifs et on les prend très vite en sympathie ou on aime à les détester. Les cases sont dans un premier temps, assez petites, se concentrant sur le premier plan et plus « floues » sur l’arrière plan. Dès le deuxième tome, on a des cases plus grandes, plus panoramiques. Ce qui m’a le plus marqué : les dessins des villes, qu’elles soient New York, Los Angeles, Chicago ainsi que certaines grandes cases : le dirigeable Wakanda, la ville des égouts. J’ai eu plus de mal avec les scènes d’action, pas toujours très lisibles et un certain manque de détails à l’arrière plan, ce « flou » dont je parlais plus haut.

Côté histoire, le premier tome, Wakanda, se concentre sur l’attaque terroriste d’un dirigeable à New York, le deuxième, Hollywoodland, (mon préféré) sur un complot à l’ombre des collines d’Hollywood et le troisième, Chicago, rentre de plein pied dans le surnaturel et la science étrange sur fond de mafia, de présence Chinoise et d’excursions dans les égouts.

Mon avis global :

Si les dessins m’ont globalement convaincu, je suis plutôt mitigé sur l’histoire. L’action permanente tient en haleine mais les personnages sont assez peu caractérisés et plutôt manichéens.

Les bds se lisent facilement et très vite, c’est un page turner mais le scénario n’est pas extrêmement développé se concentrant sur l’action plutôt que sur une réelle épaisseur de l’intrigue.

Cela est aussi dû au fait, que si les trois bds sont liées par une trame (le Z03, Howard Hughes), leurs histoires sont assez « indépendantes » et séparées dans le temps (il se passe un à deux ans entre le début et la fin).

Je suis aussi assez déçu que la trilogie ne pousse pas plus loin l’aspect « punk ». Il y a bien dans les bds l’esquisse d’une critique sociale, du peuple contre les élites. Dans le premier tome, les soldats de l’armée choisissent ainsi de sacrifier l’Hooverville de New York, des immenses bidonvilles qui ont vraiment existé. Dans le deuxième tome, on peut y voir une petite critique de la déconnexion des stars face à la crise et à la prohibition (que personne ne respecte !)

Le troisième tome revient du côté des pauvres, avec le passage dans les égoûts. Mais globalement, ça ne va pas très loin, ce qui compte, c’est l’action et le rythme.

Malgré tout, cela reste une bonne lecture qui m’a plu et qui reste originale dans son traitement de la période. Je reste aussi marqué par l’excellent personnage de Betty Lavergne, qui, pour moi, tient la bd et nous offre un très beau portrait de « femme d’action ».

Note : 7,5/10